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Air Safari - 1ère étape : Kenya et Tanzanie

  • Photo du rédacteur: Pierre Nussbaumer
    Pierre Nussbaumer
  • 15 avr. 2020
  • 9 min de lecture

Drapeau du Kenya


Avant de partir en voyage, j'aimerais vous parler de l'origine de ce projet. Tout remonte à une croisière Silversea en 2012 ou 2013, lorsque Anne et Philippe, ma soeur et mon beau-frère, rencontrèrent Luca et Antonella. Un lien s'est créé, des opportunités pour les uns et les autres ont été saisies et, de fil en aiguille, Philippe et Luca sont devenu amis.


Pour fêter, dignement, son anniversaire, Philippe nous invita au printemps 2014 à passer quelques jours à Campi ya Kanzi, dans la lodge de Luca et Antonella. J'ai fait la connaissance de Luca et lorsqu'il décida d'organiser un safari aérien de cinq semaines, il me proposa d'y participer, ce que j'acceptas. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé le lundi 4 mai 2015 à Campi ya Kanzi, au Kenya, au pied des Chiulu Hills et en face du Kilimandjaro pour une voyage qui fut magique.







Comme vous le voyez, nous sommes en région Maasai : la couleur des tenues, le bétail qui représente leur fortune (je me rappelle la remarque d'un chef Masaï lors d'un voyage précédent qui me demandait pourquoi nous tuions les vaches folles : il les auraient bien prises). Petite anecdote qui va dans le même sens : lorsque nous habitions Bussy-Chardonney, je connaissais bien les paysans et l'un d'entre eux m'a dit un jour : "Je ne sais pas ce que c'est que cette histoire de vaches folles. Nous, on sait qu'il y a toujours dans un troupeau des vaches qui commencent à tituber, à devenir folles ; on ne fait pas d'histoire, on les tuait et les enterrait sans rien dire. Et on gardait la viande des muscles".


Revenons à Campi et aux Maasai. Luca a créé le Maasai Wilderness Conservation Trust dans le but de permettre aux Maasai et aux lions de vivre ensemble. Les vaches, pour les Maasai, c'est à la fois leur honneur, leur source de nourriture, leur raison de vivre et l'ennemi principal de leur troupeau est le lion. C'est pourquoi, dès leur plus jeune âge, les Maasai, les guerriers Maasai devrait-on dire, sont éduqués, entrainés à repousser les lions loin du troupeau, les tuant si nécessaire. Afin de préserver aussi bien les lions que l'économie des Maasai, le Conservation Trust enseigne aux Maasai d'autres manières de repousser les lions et de protéger leurs troupeaux. Si d'aventure, un lion vient à tuer une vache, le Conservation Trust verse un montant en dédommagement de la perte de la vache, espérant ainsi décourager les Maasai de chasser les lions. Et cela semble fonctionner.


Il va de soi que le Conservation Trust s'occupe aussi de la population Maasai de la région en organisant écoles et dispensaires. Nous avons eu l'occasion de visiter le village Maasai. Je vous laisse découvrir :









Nous avons encore près de dix mille kilomètres à faire alors il est temps de prendre nos avions ! Nous en avions deux : un Cessna 206, avion qui jusqu'à ces toutes dernières années était la jeep de l'Afrique avant qu'il ne soit détrôner par notre deuxième avion, un Cessna Grand Caravan, aménagé en version VIP, je vous prie.



Avant de quitter le Kenya, j'aimerais vous faire une petite présentation de ce pays qui est la plaque-tournante de l'Afrique de l'Est sur les plans économique, financier et des transports. Sa taille est légèrement supérieure à celle de la France avec 580'000 km2 et sa population s'élève à 53'000'000 de Kenyans. Ceux-ci sont répartis en onze ethnies dont la plus importante, les Kikuyu, représente 17% de la population. Les Kenyans sont en grande majorité chrétiens (85%) dont 21% de Catholiques. Les Musulmans sont 11% et résident essentiellement le long de la côte. On se rappelle les attentats organisés par les Shebabs, des extrémistes venus de Somalie. L'espérance de vie est de 69 ans (67.3 pour les hommes et 70.6 pour les femmes). Le gros problème de santé est encore le Sida avec 4.70% de la population infectée (12e rang mondial). Le revenu par habitant se monte à $3'500 (2017) ce qui place le Kenya en 187e position dans le monde.


L'indépendance fut obtenue en 1963 et, depuis cette date, il n'y eu que quatre présidents : Jomo Kenyatta, le fondateur, de 1963 à sa mort en 1978, Arap Moi, son vice-président, de 1978 à 2002, année où il fut pousser à partir et qui vit la fin du parti KANU (Kenyan African National Union) au pouvoir. Le président suivant, Mwaï Kibaki, du parti NARC (National Rainbow Coalition), parti multi-éthnique, Il présida de 2002 à 2012 mais, en 2008, après des élections truquées, il dut accepter la restauration du Premier Ministre Odinga. En 2010, une nouvelle constitution est adoptée et en 2013, lors de la première élection selon la nouvelle constitution, Uhuru Kenyatta, le fils de Jomo, est élu Président. Il l'est encore.


Nous pouvons partir pour notre prochains camp : le Serengeti Tented Camp.


Voler d'un pays à l'autre en Afrique, n'est pas le plus facile... Nous partons toujours d'un terrain sommairement aménagé vers l'aéroport "international" le plus proche du pays que nous quittons. Là, nous remplissons les formalités de sortie puis repartons pour un vol d'une dizaine de minutes pour arriver à l'aéroport "international" de notre nouveau pays. Formalités d'entrée cette fois et, une fois celles-ci terminées, encore un vol pour notre destination dans le bush.


Cela veut dire : se lever très tôt pour arriver assez tôt dans le nouveau camp pour pouvoir faire une sortie l'après-midi.


Drapeau de la Tanzanie


Nous allons nous arrêter deux fois en Tanzanie, la première, dans le Serengeti, dans un camp mobile, fait de tentes. Le deuxième fois, ce sera sur les bords du lac Tanganyika.


J'ai visité plusieurs fois dans le Serengeti. Ce fut parfois extraordinaire et parfois décevant. Cette fois, ce fut entre les deux. Nous étions vraiment au milieu de nulle part, à quarante-cinq minutes de notre terrain d'atterrissage. Les tentes étaient confortables, la vue belle, et nous étions tous heureux d'être en pleine brousse.


Le Serengeti est immense : près de quinze mille kilomètres carrés. Pour mémoire, la Suisse, c'est quarante-et-un mille deux cent soixante-dix-sept kilomètres carrés... Son habitant le plus nombreux est le gnou (plus d'un million et demi) dont l'utilité principale est de migrer deux fois par année entre Maasai Mara et Serengeti en traversant la rivière Mara, sous la protection omniprésente et envahissante des mouches. C'est ce qu'on appelle le "crossing" qui a lieu généralement fin janvier et fin juillet, en fonction des pluies.






Il faut imaginer cette traversée : des millions d'animaux, gnous, zèbres, toutes les sortes d'antilopes, les buffles, les éléphants se jettent dans la rivière. Panurge eût été content ! Comme vous le voyez, c'est aussi période de fête pour les crocodiles...


Je vais être honnête : je n'ai jamais vu de crossing et les photos sont achetées. Il me semblait important de vous faire connaître ce phénomène.


Serengeti est un immense réservoir d'animaux : plus de trois mille cinq cents lions, deux cent cinquante mille zèbres, cent mille buffles, des léopards, toujours aussi difficiles à repérer, des guépards, des éléphants (plus de deux mille) et même des lycaons, aussi appelés chiens sauvages :





C'est le meilleur chasseur de toute l'Afrique : il ne rate quasiment jamais sa proie. Deux raisons à cette efficacité : la première, il chasse toujours en meute et la seconde, il court plus longtemps que toutes ses victimes, les épuisant. La mise à mort se fait systématiquement de la même manière : le mâle dominant, à la tête de la course, attaque sa proie par dessous et l'éviscère. Une fois la proie à terre, le reste de la meute arrive et personne ne s'approche. Je précise que c'est un animal très rare : je n'en ai vu que trois fois : à Serengeti, en Afrique du Sud à Singita Ebony et au Botswana durant mon walking safari. Cette dernière rencontre fut la plus remarquable : je m'étais écarté du groupe et je vois à cinquante mètres un grand lycaon; nous nous sommes regardés un instant et il est parti rejoindre sa meute qu'on a ensuite vu partirai loin, trottant calmement. Il paraît que ce genre de rencontre est rare, les spécialistes me le confirmeront.


Pour moi, Serengeti, c'est l'endroit où on voit des lions et des buffles. Le reste des Big Fives (lion, éléphant, rhinoceros, buffle et léopard) est bien sûr présent mais, pour moi, de manière moins marquante. Commençons par les buffles. Ils sont toujours en troupeau de plusieurs centaines d'individus, ce qui est très beau à regarder mais pas à photographier, donc vous ne verrez pas de troupeau. Voir un troupeau important le long d'une colline, se déplaçant à la vitesse de leur pâture est un spectacle magnifique. mais ce que je préfère encore plus, ce sont les vieux mâles solitaires : ils ont l'air mauvais et le sont. Avouez, ils ont un air peu sympathique...




Mais, comme j'aimerais quitter Serengeti, je dois vous parler des lions ou, plutôt des lionnes. Le lion est d'une paresse incroyable et, lorsqu'il contrôle une famille, généralement plusieurs femelles et leurs petits, il ne fait rien. Ce sont les lionnes qui chassent et le Roi arrive, une fois la proie tuée, et mange en premier. Et gare à celui ou celle qui manquerait de respect. Il faut dire que la différence de puissance entre un lion et une lionne est impressionnante. Le mâle pèse entre deux cents et deux cent trente kilos, la femelle entre cent dix et cent cinquante kilos. Pour vous donner une idée de ce qu'est un grand mâle, regardez cette photo : tous les pros auxquels je l'ai montrée m'ont fait "Ouah !":



Imaginez maintenant un petit vallon d'environ trois cents mètres de large sur cinq cents mètres de long, bordé de trois côtés par des collines d'une cinquantaine mètres de hauteur, agrémentées de rochers,



avec, au fond du vallon, un petit troupeau de gnous (pas de photo, je ne les aimes pas, ils ne font qu'amener des mouches...) et cinq lionnes qui partent à la chasse sous l'oeil attentif du Roi Farouk, le lion, trônant sur un des rochers surplombant le vallon. Les lionnes sont des chasseuses incroyables : il leur a fallu près d'une heure pour entourer les gnous, avançant en rampant, l'une après l'autre, pour ne pas attirer l'attention de leur proie. Elles semblent en contact les unes avec les autres tant leur progression est organisée. Finalement, au bout d'une heure, elles sont toutes en position, les gnous n'ont rien remarqué et je pense pouvoir assister à un "kill" ! C'était sans compter sur notre Roi Farouk ! Il a faim et trouve que les lionnes ne vont pas assez vite, qu'elles ne font pas leur boulot correctement et que, s'il ne s'en mêle pas, rien ne va se passer correctement. Il descend donc, majestueux, de son rocher et, en dix secondes, ruine le travail patient des lionnes : les gnous l'ont vu et s'enfuient poursuivis d'une manière peu convaincue par les lionnes. Pas de kill !



Avant de partir pour notre étape suivante, j'aimerais vous parler un peu de la Tanzanie. Elle est devenue indépendante en 1961 sous le nom de Tanganyika à la suite des efforts de Julius Nyerere qui devient, à la suite des élections de 1962 le premier président du Tanganyika. De leur côtés, Zanzibar et Pemba obtiennent l'indépendance le 10 décembre 1963. En janvier une révolution éclate contre le parti en place, parti qui regroupe les héritiers des Britanniques et, dans la nuit du 11 au 12 décembre 1964, cette révolution fait plus de dix mille morts, essentiellement des arabes et des indiens.


En conséquence, le 26 avril 1964, le Tanganyika et Zanzibar fusionnent et forment la République unie de Tanzanie. Nyerere reste président et le vice-président est issu de Zanzibar dont il reste le président. Jusqu'à ce jour, Zanzibar jouit d'une large autonomie.


Nyerere est resté président jusqu'en 1985 et il gouverne selon son principe du socialisme africain. Très tôt, la Tanzanie reçoit l'aide de la Chine alors que celle-ci n'est pas encore une puissance. Une des conséquences de cette relation fut le déplacement massif de population pour créer huit cents villages collectifs issus du modèle des communes chinoises. On estime qu'entre sept et huit millions de personnes ont été déplacées, mélangeant ainsi ethnies et religions. Il pensait également, en mélangeant les ethnies unifier le pays et lutter ainsi contre une des plaies de l'Afrique, les guerres tribales. 1994 et le Rwanda nous ont rappelé à quelle point ces guerres tribales pouvaient être atroces. Il va de soi que le Rwanda fut plus qu'une guerre tribale, ce fut un vrai génocide, le quatrième du XXe siècle, après les Hereros au début des années 1910 en Namibie (massacrés par les Allemands), les Arméniens et la Shoah.


Julius Nyerere est mort en 1999 à l'âge de soixante-dix-sept ans, étant ainsi une exception dans la politique africaine : il a quitté le pouvoir de son plein gré, quatorze ans avant sa mort.


Quelques chiffres pour terminer : la Tanzanie fait 947'000 kilomètres carrés, a une population de 58'500'000 habitants, se compose de plus de cent trente ethnies, une espérance de vie inférieure à celle du Kenya avec 63.9 ans, un taux d'alphabétisation de 77.9% (le Kenya atteint 81.5%) et sa population compte plus d'un tiers de Musulmans (35.2%), essentiellement à Zanzibar.


Enfin, je vous rappelle que la capital est Dodoma et non pas Dar es Salam !


Nos deux prochains arrêts seront Kungwe sur les bords du lac Tanganyika, toujours en Tanzanie, et Kaya Mawa sur le lac Malawi, dans le pays du même nom.


PN/15.04.2020

 
 
 

1 commentaire


mlf67000
15 avr. 2020

Merci Pierre. J'aime beaucoup tes commentaires, à la fois instructifs et vivants.

C'est bien agréable d'être guidé dans son regard, cela retient l'attention et évite le regard

”zappeur" :-)

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