E viva Mexico !
- Pierre Nussbaumer

- 22 mars 2020
- 6 min de lecture
"Les murs sont des membranes de protection et pas seulement des blindages hostiles"
Philippe Tesson - Le Figaro - 19.03.2020
Et, dans un autre genre : "e va la nave va !"
En janvier de cette année, autant dire dans un autre monde, un monde où nous étions libres de nos mouvements, de nous embrasser et de nous crier dessus, nous sommes partis en croisière deux semaines sur le Champlain, un bateau de la Compagnie du Ponant.

Je vous rassure tout de suite : notre bateau, c'est le petit, celui qui ressemble à une annexe du gros...
Disons-le franchement, ce ne fut pas ma croisière favorite : beaucoup de navigation, des sites qui se trouvent à des heures de bus du bateau, des formalités aussi incessantes que harassantes, j'ai fait nettement plus intéressant (je fais référence, entre autre, à la croisière le long du Kimberley, en Australie, sur le même bateau, d'ailleurs). Heureusement, comme pendant presque toutes les croisières, nous avons fait des rencontres qui, je l'espère, deviendront, avec le temps, des amis chers. S'ils ont la curiosité de lire ce blog, ils se reconnaîtront !
[Les puristes de la langue française remarqueront le maniement très proustien de la virgule...]
Cette croisière avait deux parties distinctes : la première semaine, nous avons navigué le long des côtes mexicaines et la deuxième, nous sommes partis vers le sud, vers le Honduras, le Guatemala et le Bélize. Contrairement à ce qui est indiqué sur les cartes, nous ne sommes pas partis ni arrivés de Puerto Morelos mais de Cozumel, les autorités mexicaines n'ayant pas donné les autorisation nécessaires. Les embarquements et débarquements en furent singulièrement compliqués : il fallait prendre le ferry entre Playa del Carmen et Cozumel, une rupture de charge en plus.
Durant cette croisière, nous allons visiter un certain nombre d'endroits et je ne vais pas en parler par ordre chronologique mais un peu au gré de ma fantaisie. L'itinéraire de la première semaine fut le suivant :

Petite précision, nous n'arrivions pas de Paris, mais de Miami, ce qui nous facilita la tâche. Nous repartîmes de même.
Le premier site dont je vais vous parler est Chichén Itza, là où il y a la petite étoile rouge.

Après deux heures de car, nous arrivons à Chichén Itza.
Une anecdote pour commencer : le terrain sur lequel se trouvent les monuments, nombreux, de Chichén Itza appartint à un privé (!) jusqu'au 29 mars 2010, date à laquelle il fut racheté par l'Etat du Yucatan. Imaginez le terrain de Versailles appartenant à un privé... C'est également le site mexicain le plus visité avec deux millions six cent mille visiteurs en 2017.
Chichén Itza fut fondé pendant ce qu'on appelle l'âge d'or de la culture maya l'Ancien Empire et qui va du IVe au Xe siècle, âge d'or qui va de 731 à 987, lorsque les Mayas ont migré vers le nord. Le premier hiéroglyphe fut découvert à Chichén Itza en 832, ce qui correspond au début du déclin dans les terres mayas situées plus au sud, dans les Chiapas et au Guatemala.
Une remarque sur les villes mayas en général, remarque qui sera utile par la suite, quand on parlera des autres sites que j'ai visité à savoir Palanque, Tikal et Tulum. Toutes ces villes sont des cités-états qui sont le noyau de la vie sociale, religieuse et politique. Elles sont constituées de monuments rituels ou civiles, temples ou palais, souvent sous forme d'édifices multi plates-formes. Elles n'étaient habitées que par les élites, la masse de la population habitant dans des maisons de bois, pense-t-on, qui se trouvaient dans les alentours. Ces cités-états constituaient parfois des alliances avec leurs voisines, parfois se déclaraient la guerre mais ne formaient jamais un état centralisé ou même une quelconque fédération. La raison de leur décadence n'est pas connue avec certitude mais une hypothèse prévaut actuellement. Les Mayas cultivaient la terre, principalement du maïs, en utilisant la culture sur brulis, appelée "milpa" , méthode qui épuisait les sols, permettant ainsi à la brousse de reprendre le dessus. Le manque de nourriture obligea les populations à émigrer. Enfin, il est intéressant de noter que les Mayas ne connaissaient pas les métaux. Seuls deux objets ont été trouvés sur un site maya de l'Ancien Empire : deux fragments de statuettes en or trouvés à Copan sous une stèle datée du VIIIe siècle, et qui sont très probablement originaires du Costa Rica ou du Panama.
Rentrons maintenant dans Chichén Itza où nous allons nous promener un peu au hasard.
C'est la deuxième fois que je viens à Chichén Itza : la première fois, ce fut le 21 mars 2009, jour important s'il en est dans le monde maya : c'était l'équinoxe avec tout ce que cela signifie et surtout pour le serpent lumineux qui ondule sur les marches du temple de par la position du soleil, attraction s'il en est. Malgré cela, il y avait moins de monde que cette année, signe de la prolifération du tourisme en dix ans.

Le Temple Kukulcan le 21 mars 2009

Le Temple Kukulcan le 16 janvier 2020
J'ai dû ruser pour arriver à prendre une photo sans personne :

Parlons un peu de ce Temple de Kukulcan. Kulkulcan est le Dieu-Serpent des Mayas, le fameux serpent à plumes. Il était le dieu suprême, à qui les Mayas attribuaient de nombreuses fonctions : dieu des quatre éléments, dieu créateur, dieu de la résurrection et de la réincarnation. Ses attributs représentaient les quatre éléments : un épi de maïs pour la terre, un poisson pour la mer, un lézard pour le feu et un vautour pour l'air. C'était l'équivalent du dieu Quetzalcoatl des Aztèques.
Le Temple est orienté nord-sud et est-ouest. Chaque côté a un escalier de quatre-vingt-onze marches, ce qui multiplié par quatre fait trois cent soixante-quatre (ce qui correspond à une hauteur de trente mètres), à quoi il faut ajouter la plate-forme pour nous donner trois cent soixante cinq marches... Au nord, il y a les dieux du ciel, au sud les dieux de l'enfer et le trajet du soleil qui se couche à l'ouest, lutte avec les dieux des enfers pendant la nuit, passe par le toit du monde au nord où résident les dieux du ciel et renait à l'est, représente l'univers par sa course.
Je vous présente maintenant Chac Mul !

Chac Mul a deux fonctions : d'une part, il transmet les messages des humains aux dieux et, d'autre part ses abdominaux, qui forment une surface plane, servent de table pour les sacrifices humains. Ceux-ci ont lieu au changement de chaque katum. Un katum représente une période de vingt ans et pour marquer ce passage d'une période à une autre, les Mayas offraient un ou plusieurs coeurs humains aux dieux, espérant ainsi attirer leurs bonnes grâces.
Sur l'esplanade, on trouve bien sûr les inévitables marchands du temple qui n'ont finalement que peu changé en fil du temps :

2009

2020

2009

2020
Plus cela change, plus c'est la même chose !
Un autre endroit passionnant de Chichén Itza est son aire de jeu :

Je sais, il n'y a personne mais ce n'est pas moi qui ai pris la photo, je l'ai achetée...
A regarder comme cela, il ne semble rien y avoir de passionnant et, pourtant les touristes s'agglutinent :

Il doit donc bien y avoir quelque chose. Une fois par année, à la fête des moissons, les gens de Chichén Itza s'affrontent sur cette aire en jouant une espèce de football dont le but est de faire faire passer le ballon à travers un trou qui se trouve à trente mètres de haut :

Cela semble déjà moins évident. Comme pour tout jeu, il doit y avoir un vainqueur et c'est le sort de ce vainqueur qui est pour le moins surprenant. Le long du mur, on trouve un panneau mural qui nous raconte une histoire :

On y voit le vainqueur, agenouillé devant un ballon et, à l'intérieur de ce ballon, il y a un crâne, celui du vainqueur, décapité. Son sang ainsi dispersé se transforme en serpents, symbolisant la transformation du vainqueur en dieu. Le vainqueur est alors honorablement sacrifié et la croyance voulait qu'il se relèverait dans un monde de dieux.
Vae victis...
Un autre lieu intéressant est le cenote sacré de Chichén Itza. Petit rappel sur ce qu'est un cenote : il s'agit d'un petit lac souterrain qui se trouve en terrain karstique dans lequel court tout un réseau de rivières et de lacs souterrains. Une grande partie de la région de Chichén Itza se trouve sur un terrain karstique. Le cenote sacré mesure soixante mètres de diamètre et se situe à une profondeur de vingt-sept mètres depuis le bord.

La tradition veut qu'en cas de sécheresse, les populations des alentours et même des Toltèques du centre du Mexique venaient y pratiquer des sacrifices humains pour implorer les dieux et faire venir la pluie en jetant les sacrifiés dans le cenote. Des fouilles archéologique récentes ont mis en évidence des ossements, confirmant ainsi la tradition.
Décidément, les moeurs de Chichén Itza sont pleine de surprises !
Bonne lecture !
PN/22.03.2020




Mais pourquoi ces histoires de Mayas finissent par avoir (pour moi) cet aspect pesant, lourd, étouffant… C'est en tous les cas le sentiment qui me revient au souvenir de ma visite en ces lieux et de toute la documentation sur cette culture parcourue à cette occasion.
Mais si "plus ça change moins ça change"… il y a une chose qui change : la qualité des photos et c'est tant mieux !
Cher Pierre, merci de ta confiance pour l'accès à ces splendides voyages! quelle expérience humaine exceptionnelle! de ce que j'ai déjà vu j'apprends beaucoup, quelles leçons d'histoire et quel talent de photographe, bravo ! je me réjouis d'ores et déjà de poursuivre!
amitiés et prenez bien soin de vous!