Air Safari 2015 - 2e étape : Tanzanie et Malawi
- Pierre Nussbaumer

- 16 avr. 2020
- 8 min de lecture

Vous allez me dire : on est en Afrique, il s'agit d'un safari et un drapeau suisse illustre cette 2e étape. Cela n'a pas de sens. Je me permets de vous rappeler que ce qui identifie en premier un pays, c'est son drapeau et chaque drapeau a son histoire. Dans le post précédent, vous avez trouvé les drapeaux du Kenya et de la Tanzanie. Dans le cadre de cette nouvelle étape, vous découvrirez (ou redécouvrirez) le drapeau du Malawi et, lors des prochaines étapes, d'autres drapeaux encore. Chaque fois je vous dirai quelques mots sur ces drapeaux.
Il faut savoir qu'un drapeau n'est pas le fruit du hasard. L'exemple le plus connu est celui du drapeau américain : les treize bandes horizontales représentent les treize états qui ont signé la déclaration d'indépendance en 1776 et les cinquante étoiles représentent chacune un des cinquante états. Les drapeaux kenyan et tanzanien ont également leur signification sur laquelle je reviendrai mais seulement après avoir parlé de NOTRE drapeau, le drapeau suisse. Je sais que pour la très grande majorité d'entre vous, ce ne sera qu'une répétition de ce que vous savez déjà...! Quoique...
Commençons par ce qui nous saute aux yeux : le rouge. Il s'agit du rouge Pantone 485C. Les références Pantone sont des références de couleurs mondialement reconnues qui permettent de décrire avec précision une couleur et de la reproduire à l'envi. Ces références sont utilisés dans beaucoup de métiers, dont le textile et l'imprimerie.
Une autre caractéristique de notre drapeau est sa forme : il est carré. Parmi les drapeaux de tous les pays du monde, seuls trois ne sont pas rectangulaires : le Népalais, en forme de double fanion, le Suisse et le drapeau de l'Etat du Vatican. Ce qui est plus intéressant est de savoir pourquoi il est carré. J'y reviendrai.

Drapeau du Népal

Drapeau du Vatican
Le dernier élément important du drapeau suisse est bien sûr sa croix blanche. Les dimensions de celle-ci ont été fixées définitivement par un arrêté fédéral du 12 décembre 1889 : "Les armoiries de la Confédération consistent en une croix blanche, verticale et alésée, placée sur fond rouge et dont les branches, égales entre elles, sont d'un sixième plus longues que larges".
La première apparition d'une croix dans l'histoire suisse remonte à la bataille dite de Laupen en 1339 : une coalition"romande" déclare la guerre à Berne pour mettre fin aux ambitions territoriales bernoises et, pour soutenir Berne, des troupes des trois cantons primitifs et de Soleure se joignent à la partie. Afin de distinguer les combattants coalisés des Confédérés, ces derniers choisissent un signe distinctif, la croix.

Chronique de Spiez, Diebold Schilling, 1485
La croix est bien visible sur le vêtement des Confédérés. L'origine de sa couleur blanche n'est pas tranchée de manière définitive : certains font référence à la croix du Christ, d'autres à la croix de Saint-Maurice d'Agaune (celui de Saint-Maurice en Valais). Remonter le plus loin possible dans un temps chrétien permet d'ancrer la jeune Confédération dans une légitimité chrétienne historique. Toujours est-il que dès le XVe siècle la croix blanche figure sur le fanion fédéral qui n'est qu'une petite bannière triangulaire.

Bataille de Saint-Jacques sur la Birse (1444)
Chronique de Berne, Benedicht Tschachtlan, 1470
Si, jusqu'à la fin du XVIIIe la croix fédérale ne constitue pas un véritable drapeau national, tout va changer avec la chute de l'Ancien Régime. En 1798, les Cantons perdent leur souveraineté et deviennent la République helvétique et, dans ce contexte, apparaît la première bannière nationale :

Le vert fait référence aux révolutionnaires français, le jaune et le rouge rappellent les couleurs des cantons. Ce drapeau disparaît avec l'effondrement de la République helvétique en 1803, les cantons reprennent leur drapeau avec, cependant, l'obligation d'incorporer la croix blanche dans leur bannière militaire respective. En 1840, sur l'insistance du Général Dufour auprès de la Diète, un projet de drapeau fédéral commun est envoyé le 11 octobre 1841 aux cantons :

C'est aussi à ce moment-là qu'il prend sa forme carrée, héritage de son rôle de bannière militaire. Il est reconnu officiellement par la Constitution fédérale de 1848 et on a vu que sa forme définitive n'a été fixée qu'en 1889.
Ce fut un petit exemple de vexillologie.
Revenons un peu en arrière avec le drapeau kenyan :

Le noir symbolise la majorité de la population, le rouge le sang versé dans la lutte pour l'indépendance, le vert représente les richesses de la nature et le blanc, la paix. Le bouclier et les lances Maasaï font allusion à la défense de la liberté.
Qu'en est-il du drapeau tanzanien :

Le drapeau combine les couleurs des drapeaux du Tanganyika et de Zanzibar. Le vert représente la végétation du pays, le doré, ses richesses minières, le noir le peuple Swahili et le bleu les nombreux lacs du pays ainsi que l'Océan indien.
Nous avons donc quitté le Serengeti pour nous rendre sur les bords du lac Tanganyika, dans le parc naturel de Mahalé, au Kungwe Beach Lodge, toujours en Tanzanie. Il nous a fallu deux vols d'une heure trente et quarante cinq minutes de bateau pour arriver à Kungwe, qui se trouve au pied de montagnes couvertes d'une vraie jungle.


Au passage, à Mahale, nous nous sommes rendu compte que voler en Afrique n'est pas toujours sans danger...

Si nous sommes venus si loin, la République Démocratique du Congo se trouve de l'autre côté du lac, à moins de cinquante kilomètres, ce n'est pas pour voir des avions cassés ou des pélicans luxueusement logés mais pour voir quelque chose d'exceptionnel, les chimpanzés, nos cousins germains. Notre guide local nous donne quelques informations sur ces singes : ils sont très réservés, difficiles à trouver, parfois après plusieurs heures de marche dans la montagne où la chaleur et l'humidité rendent leur recherche ardue. De plus, ils sont très sensibles aux maladies humaines, rhumes, grippes et autres infections du même genre, si bien qu'il faut garder une distanciation sociale de plus de deux mètres et porter un masque. Au moment où j'écris, cela peut paraître une plaisanterie mais cela ne l'est pas ! C'est même la première fois que j'ai porté un masque chirurgical. Et aujourd'hui, je ne sais toujours pas si les chimpanzés sont vulnérables au Covid-19...
Après ces informations, nous regagnons nos cabanons où nous sommes bercés par le clapotis des vagues, sachant que nous devons nous lever de bonne heure pour partir à la recherche des singes. Et là, un miracle se produit : notre guide nous informe que les traqueurs ont repérés une famille de chimpanzés à trois cent mètres de la lodge, au bord de l'eau. Nous pouvons y accéder sans difficulté en bateau et après une marche de cinquante mètres nous les avons vus :




Nous nous sommes approchés sans les déranger, ils nous ont parfaitement ignorés. Quelle expérience, un des moments essentiels de ce safari. Et, en plus, nous les avons vus avec vraiment le minimum d'effort.
Le lendemain, nous avons volé près de neuf cents kilomètres pour changer de lac : notre destination, le lac Malawi, plus précisément l'île de Likoma, avec les deux escales nécessaires pour changer de pays, près de six heures de voyage en tout.

Drapeau du Malawi
Le noir représente les Africains, le rouge le sang versé dans la lutte pour l'indépendance et le vert la nature. Le soleil levant est le symbole de l'espérance de liberté pour l'Afrique.
Etabli en 1891, le protectorat britannique du Nyasaland devint indépendant en 1964. Le Malawi compte parmi les pays africains les plus pauvres : il est sous pression constante de toutes les difficultés africaines, corruption, démographie galopante, épuisement des terres arables et sida, tous ces facteurs font que le PIB par habitant ne dépasse pas $1'200 par année, ce qui le situe au deux cent vingt-troisième rang mondial. Le Malawi a une superficie de 118'500 kilomètres carrés (un peu moins de trois fois la Suisse) et une population de 21'200'000 habitants, répartis en dix ethnies dont la principale, les Chewa, représente trente-quatre pour-cents. Nous nous trouvons dans un pays très pauvre.
Notre entrée dans le pays se fait à Mzuzu dont l'aéroport, international, est à l'image du pays :

Mon arrivée au Malawi ne s'est pas faite sans mal : en préparant mon voyage, j'ai regardé quels étaient les pays qui demandaient un visa et j'ai remarqué que pour un Suisse, l'obtention d'un visa pour le Malawi était difficile. La représentation diplomatique la plus proche se trouvait à Bruxelles et l'idée d'envoyer mon passeport là-bas ne m'enchantait pas. J'ai très vite remarqué qu'avec mon passeport français je n'avais pas besoin de visa, donc affaire résolue.
Nous voyagions à douze et j'attendais patiemment pour l'immigration et, quand mon tour vint, je sortis mon passeport français et là, horreur, je me rends compte que j'avais pris celui de ma femme. Il y eut un très grand silence. Luca, notre organisateur, va négocier avec les autorités pour voir ce que l'on peut faire et, pour ma part, je m'attendais à passer la nuit derrière les barreaux. De plus, nous étions un dimanche et aucune personne possédant l'autorité nécessaire n'était joignable.
Après une longue palabre entre Luca et les autorités, il a été convenu que je pouvais partir pour Likoma et que je reviendrais le lendemain matin pour obtenir un visa sur mon passeport suisse auprès du commissariat. J'avais échappé à la nuit en cellule. Nous décollons pour Likoma, une demi-heure de vol, et arrivons finalement à Kaya Mara, sur les bords du lac Malawi :

Dès mon arrivée, je discute avec la responsable de la lodge qui m'informe qu'il y a sur l'île un officier de l'immigration, Likoma se trouvant à quatre kilomètres et demi du Mozambique, qu'elle le connaissait bien et qu'il pouvait certainement m'accompagner à Mzuzu pour m'assister dans les formalités. Ma situation s'améliorait petit à petit. Le lendemain matin, nous partons en bateau, Michael, le pilote de l'avion-girafe, un membre du personnel de Kaya Mara et moi. Arrivé à l'aérodrome, je me rends chez l'officier d'immigration et lui explique mon cas. Et, miracle (africain ?), il n'est pas nécessaire d'aller à Mzuzu, il peut très facilement résoudre mon problème et il me demande s'il sera "compensé"... Je suis bien sûr d'accord et, dans le même temps, je le vois regarder vers l'avion : sa proposition le privait d'un vol aller et retour à Mzuzu. Je me tourne alors vers Michael et lui demande s'il serait d'accord de faire avec l'officier un tour de l'île, pour un vol d'une quinzaine de minutes. Affaire conclue et nous nous retrouvons à quatre dans l'avion, l'officier sur le siège avant, cela va de soi, écouteurs sur les oreilles (je ne suis pas sûr qu'il y avait le son...). Je dois dire que le tour de l'île fut superbe et notre officier aux anges, il allait être le héros dans son village de nombreuses soirées à raconter son histoire : il avait pris l'avion.
Je décide donc de le "compenser" et lui donne cinquante dollars américains. Je vous rappelle que le PIB par habitant du Malawi est de mille deux cents dollars... Il faut maintenant rentrer dans les détails : comment vais-je obtenir mon visa. Nous repartions par un autre aéroport, plus international que le premier, Kamuzu où notre officier a un ami qui va se charger de tout. Et question essentiel : est-ce que son ami va également être "compensé". La réponse est évidente. Mon problème semble régler et nous rentrons à la lodge en faisant un petit détour qui me permit de visiter un peu l'île :




Le lendemain matin, je me réveille quelque peu inquiet : ne vais-je pas être rançonné à Kamuzu ? Et j'ai une idée : je vais laisser un deuxième billet de cinquante dollars pour mon officier à la responsable de la lodge et, une fois que j'ai décollé de Kamuzu, je lui envoie un SMS pour lui dire que j'ai bien quitté le Malawi et qu'elle peut donner le deuxième billet à mon officier. Je le mets au courant quand je le vois à l'aérodrome, il semble ravi. Nous décollons et, après une heure de vol, nous arrivons à Kamuzu où je dois faire mon entrée au Malawi et ma sortie. A peine l'avion parqué deux personnes viennent me chercher, m'emmènent dans un bureau où se trouve l'ami de l'officier. Charmant, il me demande mon passeport (je hais quitter mon passeport des yeux mais que puis-je faire...) et revient cinq minutes plus tard : j'échange mon passeport sur lequel se trouvent deux visas du Malawi car, dans la deuxième partie du safari nous revenons dans ce pays, contre un billet de cinquante dollars et je suis conduit dans le hall de départ, vide. Il m'a fallu moins de temps pour faire toutes mes formalités que le reste de la troupe pour faire les formalités de sortie uniquement. Vingt minutes plus tard, nous décollons et j'envoie mon SMS.
Coût de mon étourderie : cent cinquante dollars et de bons souvenirs. Les Malawinais (...) sont adorables !
PN/16.04.2020




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