Kimberley 4 : Hunter River et Mitchell Falls
- Pierre Nussbaumer

- 1 sept. 2019
- 4 min de lecture
Ceci est mon trentième post !

Quand on parle de rivières dans le Kimberley, ce sont la plupart du temps des bras de mer dont le flot est assuré par les marées. La Hunter River et son "confluent" la Creek Porosus ne contredisent pas ce principe : nous sommes donc dans de l'eau salée et la nature doit s'adapter.
La Hunter River est particulièrement intéressante par sa mangrove composée essentiellement de palétuviers grands et majestueux comme ceux-ci :

ou beaucoup plus petits comme ceux-là :

Mais ces palétuviers ne sont pas là uniquement pour faire joli, ils ont aussi une fonction essentielle, celle de stabiliser le rivage. Sans leur présence, l'érosion serait important sous les attaques permanentes des marées et lors des agressions plus violentes comme les cyclones (le Kimberley se trouve situé en gros entre le 12° S et le 18° S, zone très propice aux cyclones). Pour mémoire, un cyclone est également connu sous le nom d'ouragan dans les Antilles et en Amérique du Nord (Katarina en 2005 ou Irma en 2017) et de typhon dans le Pacifique du Nord Ouest comme les typhons Haiyan (2013), Hato (2017), Manghut (2018).,
Je vous laisse visiter cette mangrove absolument superbe :




Comment font ces plantes pour pousser et survivre dans un environnement d'eau salée ? Une fois encore, le mécanisme d'adaptation de la nature est extraordinaire !
Afin de pouvoir se développer, les palétuviers filtrent une partie du sel au niveau de leurs racines déjà. Mais cela ne suffit pas et il faut mettre en place une seconde stratégie : l'élimination se fait alors par des glandes à sel présentes sur certaines feuilles, glandes qui permettent d'accumuler le sel sur ces feuilles, appelées "feuilles sacrificielles". La concentration en sel les fait jaunir et elles finissent pas tomber dans l'eau. Ce sont celles que l'on voit sur la photo ci-dessous. A la fin du processus, la sève des palétuviers ne contient plus que 3% de sel.

Enfin, pour assurer l'absorption d'une quantité suffisante d'oxygène, les palétuviers développent de fines racines spongieuses qui émergent à la surface de l'eau ou du sol pour compléter l'apport en oxygène, racines que l'on nomme"pneumatophores" : ce sont les petites tiges que l'on voit au pied de l'arbre:

ou sous les petites feuilles vertes, à côté de feuilles sacrificielles jaune (et brune...) :

Comme quoi, la nature est vraiment ingénieuse !
Parlons maintenant un peu de la Creek Porosus. Comme vous le savez tous, elle doit son nom au crocodylus porosus, autrement le crocodile marin. Les trois photos de ce charmant animal ne sont pas de moi (il est très difficile à photographier surtout quand il y a quatre à cinq Zodiac dans les parages...).


Malgré son côté peu amène, c'est un animal intéressant. Sa première fonction est d'empêcher toute baignade dans les eaux de l'Australie du Nord, eaux infestées de ce reptile, sans oublier les méduses mortelles (je ne mentionne pas les requins, tant ils sont peu dangereux : ils tuent moins que nos bonnes vaches domestiques en une année...). Il peut atteindre jusqu'à six mètres cinquante de long, soit davantage que son cousin, le crocodylus niloticus qui ne fait "que" six mètres, et peut peser jusqu'à mille kilos contre cinq cent cinquante pour son cousin africain (qui a d'ailleurs regagné son titre de plus grand tueur d'Afrique, après le moustique, bien sûr, au détriment de l'hippopotame).
Notre ami est territorial et, dès qu'un de ses congénères atteint un mètre cinquante environ, soit il le chasse, soit il le dévore. Il peut vivre de soixante-dix à cent ans, grandit toute sa vie et sa taille ne dépend pas de son âge mais de la nourriture qu'il trouve. Et ne vous inquiétez pas : tant que vous voyez la queue du crocodile à la surface de l'eau, il est paisible. Par contre, si sa queue disparaît, méfiez-vous, il peut se préparer à sauter :

Enfin, si vous regarder bien les deux dernières photos, vous remarquerez que, sur certaines écailles, il y a des points noirs : ces points sont des cellules nerveuses extrêmement sensibles qui permettent au crocodile de se déplacer dans un environnement où, très souvent, il ne voit rien. Ces cellules enregistrent les différences de pression et renseigne le crocodile sur ce qui se passe jusqu'à une distance de vingt mètres. Il en a environ quinze mille et, sur ces quinze mille, près de neuf mille se trouvent sur sa bouche et ses pates.
Il paraît qu'en plus, il n'est pas très bon à manger...
Terminons par les Mitchell Falls. Pour y arriver, il faut prendre un hélicoptère qui décolle depuis une plage,

faire vingt minutes de vols au dessus d'un plateau désertique,

pour finalement arriver où devraient se trouver les chutes et, comme nous sommes à la fin de la période sèche, il n'y a plus d'eau !

Petite anecdote : aux chutes, j'ai rencontré un groupe de touristes australiens, arrivés également en hélicoptères, mais qui faisaient le Kimberley en bus : ça, c'est de l'aventure !
Mais un vol en hélicoptère vous permet quand même de découvrir des paysages magiques, je vous laisse les découvrir (l'hélicoptère n'avait pas de portes arrière et, pour les photos, quelle différence !) :





Cela valait quand même la peine !
PN/01.09.2019




Thank you, Pierre. Your stunning pictures and brilliant commentary are better than any professional geography show.
Ce fût un vrai régal de te lire ces dernières semaines. Quels talents !
Cette fois, je dois dire que tes photos m'ont emballée. Quel endroit extra-ordinaire!
On imagine bien un film à suspense dans pareille mangrove ! Surtout si on y croque Odile… (car Ali à tort — c’est caïman la même chose).
Et la chute est… « Il n’y a plus d’eau » ! Heureusement, c’est en reprenant de la hauteur que se découvrent, aussi pour nous, ces très beaux paysages.
Je constate que cette fois-ci tu as laissé tes Canon sur le bateau et que tu te promènes avec tes Leica SL et M10-P. Ceci étant, il me semble que le résultat du reflex est supérieur à celui de l’hybride.