The Brando sur Tetiaora : un resort écologique
- Pierre Nussbaumer

- 3 août 2019
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 avr. 2020

Les premiers habitants de Tetiaroa furent trois révoltés du Bounty en 1789 !
Lors du tournage des Révoltés du Bounty en 1960, Marlon Brando découvre l'atoll qui est, selon ses dire "plus beau que tout ce que j'avais pu imaginer". Il décide de l'acheter et parvient à ses fins contre l'avis des autorités locales mais grâce à des appuis haut placés en 1966. Lui et ses descendants sont au bénéfice d'un bail emphytéotique de 99 ans portant d'abord sur quatre cent quarante hectares puis, en 1967, su cinq cent quatre-vingt sept hectares. En 2002, soit deux ans avant sa mort, Brando signe un accord avec le promoteur Richard Bailey, PDG de Pacific Beachcomber, pour construire un hôtel de luxe. Ainsi naquit le Brando.
Le Brando se trouve sur l'îlot situé le plus à gauche sur la photo : on voit la piste d'atterrissage qui ne mesure que sept cent vingt mètres. A titre de comparaison, la piste de Saint-Barth est longue de six cent soixante mètres. La profondeur du lagon va de un à deux mètres (les zones les plus claires) à vingt à trente mètres. Il n'y a que deux passes pour accéder depuis la haute mer.
Je vais rapidement en terminer avec les chiffres : dans sa plus grande diagonale, Tetiaora mesure sept mille huit cents mètres; sa largeur est de cinq mille six cent cinquante mètres et sa "hauteur" de quatre mille six cents mètres.
L'îlot sur lequel se trouve The Brando, Onetahi, mesure mille cinq cent cinquante mètres sur sept cent dix mètres.
J'en ai terminé avec les chiffres et visitons :




Je suis d'accord avec vous : cela a l'air très beau et c'est très beau ! En plus la température est parfaite, il y a toujours de l'air, le service est (presque) impeccable, on mange décemment bien, la mer est sublime mais, MAIS ce n'est finalement qu'une prison (très) dorée.
On nous dit dès l'arrivée qu'il ne faut pas photographier les hôtes (ce qui me semble aller de soi...), nous sommes dans un lieu où les célébrités se reposent. Et je dois dire que c'est vrai : nous avons vu aujourd'hui Jean-Claude Junker.
Bref, vous avez compris que je ne suis pas un grand fan du lieu. Par contre, dans notre périple, il est plus que le bienvenu : passer cinq jours sans bouger est un vrai luxe et nous récupérons notre décalage horaire. Il faut dire que le vol Rapa Nui - Papeete ne fut pas une partie de plaisir : nous sommes partis avec près de deux heures de retard pour un vol de six heures sans nourriture et sans boissons : il faut le vivre pour le croire. Nous sommes arrivés à 3h30 (le matin) à Papeete, sommes allés dormir trois-quatre heures dans un hôtel avant de retourner à l'aéroport pour nos vingt minutes de vol jusqu'à Tetiaora avec, bien entendu, le petit épisode "rush and wait" que tous ceux qui ont fait de l'armée connaissent bien: on nous fait nous lever tôt pour nous faire poireauter à l'aéroport ! Comme j'étais un peu fatigué, cela s'est mal passé.

Petite anecdote à propos de l'avion (pas confortable du tout) : en bon Suisse, je dis au pilote que l'avion idéal serait le Pilatus PC12 avec sa grande porte cargo. Il me répond, un peu méprisant, que beaucoup de clients ont l'interdiction de voler dans un avion avec un seul moteur... On sait tout de suite où l'on est !
Le Brando a néanmoins deux qualités : la première, il se trouve sur un lagon sublime, je vous laisse regarder :




Il n'y a rien à dire : c'est beau.
La deuxième qualité est le côté "empreinte environnementale zéro" : c'est impressionnant. Sachez que tout est recyclé et réutilisé, que l'électricité est produite par quatre mille six cents panneaux solaires qui se trouvent le long de la piste,

qu'il y a évidement une station d'épuration, que l'eau provient de quatre sources différentes : la désalinisation, la récupération des eaux de pluie, la récupération des eaux usées et l'eau d'un puit. Et le plus impressionnant est le système de climatisation.
Commençons donc par celui-ci : c'est simple, ils ont repris le système utilisé par l'hôtel Beau-Rivage à Lausanne, système qui existe depuis vingt ans sauf qu'au Brando, ils ont ôté une contrainte : le Beau-Rivage n'a le droit de rejeter qu'une certaine quantité de calories par an dans le lac. Le système est néanmoins impressionnant : l'eau est pompée par neuf cent cinquante mètres de profond, à une température de 5,7°, passe dans un échangeur de température en titane pour être rejetée dans l'océan à la même profondeur à la température de 6,3°.

Une vue du tableau de contrôle
L'eau ainsi réfrigérée est envoyée dans une conduite en circuit de trente centimètres de diamètres sur trois kilomètres et, de là, une dérivation va vers chaque bungalow. La température peut être abaissée jusqu'à 19° !
Une climatisation classique sous les tropiques coûte, pour un resort de soixante bungalows, environ $60'000 par mois et représente 60% du coût énergétique. La solution utilisée au Brando ne coût que 20% de ce que coûte une climatisation normale ! Enfin, pour que la boucle énergétique soit complète, les pompes sont alimentées en énergie électrique fournie par les panneaux solaires.

La salle de pompage de la centrale "climatisation"
Tous les déchets sont recyclés d'une manière ou d'une autre : les déchets organiques sont transformés en composte, les bouteilles et autres déchets en verre sont concassés pour être intégrés dans le sable utilisé pour la construction et tout est à l'avenant.
On trouve également sur l'île le laboratoire de recherche "Tetiaora Society", https://www.tetiaroasociety.org
Deux projets sont actuellement en cours : d'une part, la démoustication de l'île et, d'autre part, une étude sur l'évolution des coraux.
La démoustication de l'île est particulièrement astucieuse : elle consiste à rendre les moustiques femelles stériles, ne laissant qu'une population de moustiques mâles qui ne piquent pas. Comme toujours, ce sont les femelles qui sont "piquantes"... Pour arriver à un tel résultat, le processus est complexe : on prend un moustique polynésien mâle, celui-ci a une bactérie appelée "volboquia" de type A. On prend ensuite un moustique japonais mâle qui à la même bactérie "volboquia" mais de type B. On prélève la bactérie B du moustique japonais et on remplace la bactérie A du moustique polynésien par cette bactérie B. Avantage non négligeable pour beaucoup : il ne s'agit pas d'une modification génétique.
Ces moustiques légèrement modifiés, après avoir été élevés dans une solution eau (90%) et sucre (10%), sont relâchés sur l'île. Ils veulent s'accoupler avec les femelles mais comme leurs bactéries sont incompatibles, ils ne se reproduisent pas et les femelles finissent par disparaître et les touristes ne sont pas piqués !
Il va de soit que le système fonctionne parce que l'île Onetahi est petite et isolée des autres îlots où les moustiques normaux pullulent. De plus, il y a unité de commandement donc l'ensemble de l'île est traitée.
Le deuxième objet de recherche est le développement des coraux. Dans un bac, il y a des coraux qui sont dans de l'eau de mer de surface. dans le deuxième bac, l'eau de mer de surface est remplacée par de l'eau pompée à neuf cent cinquante mètres de fond.
Il faut savoir que l'eau de mer absorbe une très grande quantité de CO2 et, avec le temps, l'eau chargée de CO2 descend vers les grands fonds. A neuf cent cinquante mètre de fonds, l'eau est chargée d'une quantité de CO2 différente, qui reflète la pollution en CO2 de l'époque.
En comparant l'évolution des coraux dans les deux bacs, on peut avoir une idée de l'influence de la pollution en CO2 sur les coraux.




Bravo pour ce blog très documenté, instructif et magnifiquement illustré. Les systèmes écologiques de cette île sont la preuve d’une détermination farouche. La prochaine étape est paraît-il l’accès à l’île uniquement en pirogue!! Bonne continuation pour la joie partagée de votre aventure.
N’empêche , une petite tranche de paradis, ça ne se refuse pas!😍😎
C'est fou tout ce que tu nous apprends sur cette bulle écologique, biologique, climatique, sociologique… Un paradis en somme… Mais il y a des moments où souhaite un peu de l'enfer ! C'était bien l'idée d'Adam et Eve.